Le Syndrome des Dysfonctions Non Verbales
(SDNV)
Le SDNV est une entité clinique complexe qui interfère
avec plusieurs aspects du fonctionnement quotidien de l’enfant
et de l’adulte. Selon plusieurs auteurs, la cause la plus
probable de ce syndrome serait une atteinte (congénitale
ou traumatique) du coté droit du cerveau (l’hémisphère
cérébral droit). Chez l’adulte, il est bien
documenté qu’une atteinte cérébrale de
l’hémisphère droit entraîne des perturbations
à l’égard de divers aspects du fonctionnement
cognitif, notamment ceux impliquant le traitement de nature non
verbale (intégration visuo-motrice, perception visuo-spatiale,
formation de concepts non verbaux, attention et mémoire non
verbales, synthèse, perceptions sociales). Chez l’enfant
présentant un SDNV, lequel serait donc possiblement secondaire
à un trouble du développement de l’hémisphère
droit, on peut observer des séquelles similaires à
celles que l’on retrouve chez l’adulte. Enfin, mentionnons
que bien que le profil de SDNV partage certaines similitudes avec
celui de l’autisme, il reste que ces syndromes constituent
deux entités cliniques distinctes. Contrairement au SDNV,
l’enfant autistique 1) présente un retard de langage
2) à des intérêts limités et 3) démontre
peu d’intérêt à établir des contacts
avec les autres et n’en souffre pas (alors que l’enfant
qui présente un SDNV éprouve des problèmes
dans ses relations interpersonnelles parce qu’il est maladroit;
ce dernier souffre de cette situation).
Les principales caractéristiques
du SDNV
- La sphère interpersonnelle et sociale : les enfants souffrant
du SDNV démontrent un pauvre jugement social et ont de
la difficulté à décoder correctement certains
aspects de la communication non verbale (c.à.d., les émotions,
le langage corporel ou la gestuelle : froncement des sourcils,
intonation de la voix, etc.). Ils ont également de la difficulté
à percevoir l’impact de leurs comportements sur les
autres. Par conséquent, il arrive très souvent que
les enfants présentant un SDNV agissent d’une façon
qui n’est pas appropriée au contexte, maladresses
qui nuisent considérablement à l’établissement
de relations sociales satisfaisantes (malgré un désir
à ce niveau) et conduisent au rejet de la part des pairs.
Cette difficulté apparaît dans la majorité
des cas comme étant la caractéristique la plus handicapante.
- La sphère non verbale : les enfants ayant un SDNV montrent
de faibles habiletés visuo-perceptives (c.à.d.,
la perception visuelle) et visuo-spatiales (p. ex., décodage
des relations visuo-spatiales). Par exemple, ils ont de la difficulté
à percevoir des détails essentiels sur une image,
à s’orienter dans un nouvel endroit ou à se
repérer sur une carte routière. De plus, l’attention
et la mémoire visuelles (ou non verbales) constituent généralement
des faiblesses chez eux. Des difficultés à se représenter
des images mentales sont aussi fréquemment rencontrées
dans le SDNV.
La synthèse : outre l’importance de l’hémisphère
droit dans le traitement de matériel non verbal ou visuel,
ce dernier est aussi impliqué dans le traitement «
global » d’un ensemble d’informations, et ce
tant sur le plan verbal que visuel. De fait, les individus aux
prises avec le SDNV ont de la difficulté à extraire
le sens et la signification globale d’informations présentées
visuellement (p. ex., panneaux de signalisation, tableaux, les
images de bandes dessinées, des expressions faciales) et
verbalement (p. ex., comprendre le sens d’un texte, ou le
message véhiculé dans le discours).
- La sphère exécutive : les fonctions dites exécutives
regroupent des processus impliqués dans la résolution
de problèmes et le raisonnement qui nécessitent
en général l’élaboration d’un
but, sa planification (et son organisation), son exécution
et de bonnes capacités de flexibilité mentale (p.
ex., capacité de s’adapter à de nouvelles
situations). Les enfants qui ont un SDNV ont de la difficulté
à gérer adéquatement les changements qui
surviennent dans leur quotidien, préférant alors
s’adonner à des activités plus routinières.
Dans la vie de tous les jours, ils disposent de faibles habiletés
à organiser efficacement leur horaire ou leur agenda (mauvaise
gestion du temps), de gérer les activités qui requièrent
plusieurs étapes de planification (p. ex., préparer
leur sac d’école : ne savent pas quoi y mettre; ne
savent pas par où commencer dans la réalisation
des devoirs, etc.).
- La sphère motrice: dans le profil du SDNV, on retrouve
généralement un trouble de la coordination motrice
des muscles et des membres du corps (p. ex., des bras, des poignets,
des doigts, des jambes, etc.) ce qui nuit à la programmation
et à l’enchaînement d’une séquence
de mouvements. Ce trouble moteur implique également un
problème d’intégration de l’information
visuo-spatiale avec la séquence motrice. En conséquence,
les gestes et les mouvements du corps ne sont pas toujours appropriés
au contexte. La dextérité manuelle et l’équilibre
sont aussi touchés, ce qui affecte la réalisation
de plusieurs activités quotidiennes et de loisirs (p. ex.,
natation, bicyclette, dessiner, faire un casse-tête, utiliser
des instruments de mesure comme une règle, un rapporteur
d’angle ou un compas, etc.).
Par ailleurs, il est important de mentionner
que les caractéristiques décrites plus haut ne sont
pas systématiquement toutes présentes chez un enfant
présentant un SDNV.
En ce qui concerne les forces, sur le plan personnel, les enfants
présentant un SDNV sont souvent décrits par leur entourage
comme étant doux, gentils, calmes et généreux.
Au niveau des aptitudes académiques et cognitives, le décodage
en lecture (exactitude et rapidité), le langage parlé
(expressif), le niveau de vocabulaire, l’attention et la mémoire
verbales s’avèrent généralement très
satisfaisants. Malgré ces champs de compétences, il
reste que les déficits présentés par les enfants
avec un SDNV ont un impact certain sur 1) la réussite scolaire
(difficultés en mathématiques (dyscalculie) et en
géographie), 2) la réalisation d’activités
sportives et de loisirs (arts plastiques), 3) la socialisation (relations
problématiques causant un isolement social) et conséquemment,
4) au niveau de l’épanouissement personnel et de l’estime
de soi.
Si on soupçonne un trouble d’apprentissage relié
à un SDNV, un dépistage précoce en neuropsychologie
est important afin d’identifier la nature des difficultés
dans le but ultime de préciser les interventions les plus
efficaces à adopter. Des interventions devraient ainsi viser
1) le développement de l’estime de soi, 2) l’apprentissage
des règles sociales, 3) le développement d’une
compréhension et d’une interprétation adaptée
des signes et messages non verbaux, 4) la réadaptation des
fonctions exécutives (organisation, planification, etc.)
et le développement de stratégies de gestion et d’imagerie
mentale.
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