Dyspraxie

 

La dysphasie :
Trouble spécifique du langage

La dysphasie est un syndrome d’origine neurologique qui est présent dès la petite enfance. La dysphasie perturbe, en grande partie, les habiletés de communication (c’est à dire, la compréhension du message qui est véhiculé dans le discours ou l’expression verbale de la pensée). Ce syndrome est causé par un dysfonctionnement des structures du cerveau impliquées dans le langage (qui pour la plupart des personnes est situé sur le coté gauche du cerveau), ainsi que les aires avoisinantes qui sous-tendent certaines fonctions autres que le langage. Donc, même si une des composantes principales de ce syndrome est un trouble spécifique du langage, la dysphasie est en fait un regroupement de déficits qui touche aussi d’autres fonctions neuropsychologiques telles que l’attention, la mémoire, la planification et l’organisation ainsi que la motricité fine et globale.

La dysphasie est un trouble d’apprentissage permanent, qui n’est pas causé par ou relié à :

a) un trouble sensoriel : Le trouble d’expression oral ou de compréhension n’est pas provoqué par un problème auditif ou visuel.

b) une déficience intellectuelle : Même si les habiletés de communication langagière sont grandement perturbées chez les personnes atteintes de déficience intellectuelle, contrairement à la déficience, l’ensemble des fonctions intellectuelles, incluant le raisonnement et l’abstraction, est préservé chez les personnes dysphasiques. La communication non verbale est également intacte.

c) une malformation des organes qui nous permettent de produire des sons : Dans la majorité des cas, les organes phonatoires (p. ex., bouche, larynx, langue etc.) qui articulent et produisent les sons fonctionnent bien.

d) un trouble envahissant du développement (autisme ou asperger) : Les enfants qui souffrent d’autisme peuvent avoir des difficultés langagières qui ressemblent à celles des enfants qui ont une dysphasie. Par contre, contrairement à l’autisme, la dysphasie n’est pas associée à une rigidité intellectuelle, des intérêts limités, des comportements stéréotypés, de la difficulté à s’adapter aux changements ou des troubles relationnels et de socialisation.

e) un manque de stimulation : Un manque de stimulation peut occasionner un certain retard dans le développement des habiletés de communication langagière. Dans ce cas, le langage n’est pas anormal ou déviant, c’est plutôt l’apparition des principales étapes du développement du langage qui se fait plus lentement. Un programme d’entraînement spécialisé en orthophonie permet de rattraper le retard et de corriger la situation. En contraste, la dysphasie est un trouble permanent dont le fonctionnement langagier n’est pas seulement immature mais est aussi différent ou anormal. Même si un programme spécialisé de rééducation en orthophonie peut améliorer cette condition de façon significative, aucun traitement ne peut l’enrayer.

f) un trouble psychoaffectif : Ce n’est pas un trouble affectif ou psychologique qui est à l’origine de la dysphasie. Cependant, il faut bien comprendre que lorsque l’on n’arrive pas à se faire comprendre et à exprimer ses besoins, ses sentiments, ses inquiétudes, ceci peut mener à la frustration, ce qui se traduit souvent en comportements agressifs. Il est donc important de ne jamais juger l’enfant qui manifeste des comportements opposants ou agressifs, car ces comportements sont souvent des symptomes plutôt que la cause.

L’évaluation en psychologie ou neuropsychologie permettra de départager entre un trouble d’apprentissage qui relève de la dysphasie ou un problème qui est d’origine psychoaffective. Cette évaluation permettra également de départager entre la dysphasie et la déficience intellectuelle, ou le trouble envahissant du développement ou encore d’autres troubles qui peuvent simuler ou causer des manifestations qui ressemblent à celles de la dysphasie.

Une ou des dysphasies?

La gravité de la dysphasie et la nature des troubles associés varient considérablement d’une personne à l’autre. C’est pour cela qu’il n’y a pas une dysphasie mais plutôt des dysphasies. Les caractéristiques de la dysphasie dépendent d’au moins trois facteurs : a) les composantes du langage qui sont touchées, b) l’âge de l’individu et c) les autres déficits neuropsychologiques qui co-existent avec ce trouble.

a) Le langage n’est pas une unité indivisible, mais consiste plutôt à plusieurs composantes donc certaines peuvent être perturbées alors que d’autres peuvent demeurer intactes. En fait, le langage est une activité complexe qui sollicite plusieurs régions du cerveau qui sont susceptibles d’être affectées différemment, ce qui fait en sorte que l’on peut retrouver un large éventail de déficits ainsi qu’une variation importante dans le degré de gravité.

Certains des aspects du langage qui peuvent être perturbés durant le développement incluent :

- percevoir, manipuler et organiser les sons qui forment les mots (la phonologie)
- accéder au vocabulaire et trouver le mot juste (le lexique)
- l’organisation des mots afin de crée des phrases cohérentes (la syntaxe)
- règles de combinaison (p. ex., préfixe, suffixe) pour former des mots (la morphologie)
- comprendre le sens des mots et des phrases (la sémantique)
- comprendre les liens entre la langue et le contexte de son utilisation (la pragmatique)

b) Les différentes composantes des capacités langagières évoluent à des rythmes différents tout au long du développement normal, de l’enfance à l’adolescent. Ceci peut faire en sorte qu’une dysphasie qui est légère à l’âge de 5 ans peut être sévère à l’âge de 12 ans. L’inverse peut également être vrai, selon l’évolution du trouble durant le développement.

c) Comme il a été mentionné plus tôt dans ce texte, la dysphasie est considérée comme un syndrome complexe, car en plus des troubles d’origines langagiers, on y retrouve souvent d’autres atteintes neuropsychologique (ou cognitives) dont la nature et le degré de gravité varient d’une personne à une autre.

Les atteintes cognitives ou neuropsychologiques qui peuvent co-exister avec une dysphasie incluent :

- l’attention
- la mémoire à court-terme
- la mémoire de travail
- la pensée verbale (conceptualisation)
- les fonctions exécutives (p.ex., gestion mentale, planification, organisation)
- l’organisation des événements dans le temps et la perception du temps
- l’orientation dans l’espace et les habiletés d’intégration visuo-spatiales
- certains aspects de la motricité fine et de la coordination œil-main
- certains aspects de la motricité globale
- la dyslexie (trouble spécifique de la lecture)
- la dysorthographie (trouble spécifique de l’orthographe)
- la dyscalculie (trouble spécifique des mathématiques)

Les différents types de dysphasie et leurs impacts sur l’apprentissage

Il y a un certain désaccord dans la littérature sur la catégorisation des différents types de dysphasie. En fait, plusieurs auteurs ont proposé des schémas de catégorisation, mais jusqu’à présent aucun n’a reçu l’appui général. Cependant, les manuels diagnostiques médicaux offrent une structure générale de catégorisation. Les critères qui permettent d’identifier la dysphasie sont établis par l’Association Américaine de Psychiatrie (DSM-IV-TR®, 2000) ainsi que par l’Organisation mondiale de la santé (ICD-10, 2003). Il s’agit d’un groupe d’experts (formé de chercheurs et de cliniciens) qui se fondent sur des données scientifiques afin d’élaborer une série de critères diagnostiques précis.

On nous propose donc trois grandes catégories de dysphasie. Premièrement, le trouble du langage peut être principalement de nature expressive (la dysphasie expressive). Dans ce cas, c’est principalement la production et l’élaboration du discours qui sont perturbées. Ce type de dysphasie peut se présenter sous différentes formes. Les paroles peuvent être difficilement distinguables et l’expression peut être télégraphique ou par mots isolés (trouble de nature phonologique). Les phrases peuvent ne pas être bien construites, il peut y avoir un manque du mot et l’organisation du discours et des idées peut être difficile (trouble de la syntaxe et d’accès lexical). De plus, il se peut que les phrases soient bien organisées mais que le discours soit dépourvu de sens ou qu’il soit ‘vide’ (trouble sémantique et pragmatique).

L’étudiant qui souffre d’une dysphasie de nature expressive arrive généralement à bien comprendre l’information, il saisit bien les idées et les concepts véhiculés et il fait les liens nécessaires à la compréhension. Par contre, il n’arrive pas à communiquer clairement sa compréhension et ses intentions. Donc, les parents et enseignants peuvent parfois avoir l’impression que cet enfant n’a pas bien compris alors qu’il n’arrive pas à exprimer ses connaissances.

Deuxièmement, le trouble du langage peut être principalement de nature réceptive (la dysphasie réceptive). Ce trouble affecte donc la compréhension du message verbal. Par exemple, il peut y avoir une méconnaissance des mots ainsi qu’une mauvaise compréhension de l'idée qui se dégage de l'ordre des mots et du rapport entre eux.

Dans ce cas-ci, l’enfant aux prises avec une dysphasie de nature réceptive ne comprend pas bien les consignes et n’intègre pas l’information qui lui est apportée verbalement. Ceci peut faire en sorte que les réponses apportées soient souvent hors sujets. À la longue, et surtout par découragement, l’enfant peut avoir tendance à décrocher et perdre la motivation de continuer à écouter. Encore une fois, il faut bien comprendre que ceci est une conséquence de la dysphasie et non la cause du problème.

Troisièmement, il y a le trouble de nature mixte, qui touche à la fois l’expression et la compréhension.

Estime de soi et socialisation

L’enfant dysphasique vit une grande frustration de part le fait qu’il a du mal à se faire comprendre. Il n’arrive pas toujours à bien exprimer ses inquiétudes, sa tristesse et sa colère. Parce qu’il a souvent de la difficulté sur le plan académique, il se fait parfois juger et pointer du doigt. Il se fait aussi étiqueter comme étant entêté, opposant, agressif et perturbateur. L’enfant dysphasique se fait également rejeter par ses pairs car son discours est perçu comme étant immature. Tout cela peut faire en sorte que la personne aux prises avec une dysphasie ait tendance à s’isoler. Il est donc important de retenir que les relations sociales sont souvent difficiles pour les enfants et adultes qui souffrent de dysphasie.

L’Évaluation

L’indentification formelle de la dysphasie requiert une intervention multidisciplinaire qui fera appel à l’expertise en orthophonie, en neuropsychologie ainsi que celle en audiologie.

Le neuropsychologue fera une évaluation complète qui tient compte de l’ensemble de fonctions neuropsychologiques ou cognitives (p.ex., les compétences intellectuelles, la mémoire, l’attention, les habiletés motrices, l’organisation et la planification, les habiletés visuo-perceptives), du profil psychoaffectif (les traits anxieux et dépressif, le repliement sur soi et l’estime de soi, les comportements d’oppositions et agressifs, la socialisation) et bilan sommaire des habiletés de communications verbales (la saisie du message et la compréhension, la production et l’élaboration du discours et des idées).

L’évaluation en neuropsychologie permettra donc de départager entre un trouble d’apprentissage qui relève de la dysphasie versus d’autres troubles qui peuvent soit directement ou indirectement affectés les habiletés de communications langagières mais qui n’ont aucun lien avec la dysphasie. Par exemple, les enfants qui souffrent d’autisme, de déficience intellectuelle légère, de mutisme sélectif, de trouble de la mémoire et de déficit grave de l’attention peuvent tous avoir des manifestations langagières qui ressemblent grandement à celles que l’on retrouve chez les enfants qui ont une dysphasie. Deuxièmement, l’importance d’une évaluation complète de l’ensemble des fonctions neuropsychologiques (incluant le profil psychoaffectif et le rendement académique), est qu’elle permet également d’identifier les troubles qui co-existent avec la dysphasie. En effet, plusieurs enfants qui sont aux prises avec une dysphasie peuvent également avoir des troubles de mémoire verbale, d’attention, de motricité ainsi que des troubles de planification et d’organisation. Finalement, l’évaluation de l’ensemble des fonctions neuropsychologiques de l’enfant permettra aussi de faire ressortir ses forces. Il ne faut surtout pas oublier que l’avenir de ces individus passe souvent par leurs intérêts, leurs forces et leurs bonnes habiletés.

Une évaluation complète en audiologie est également nécessaire aussitôt que l’on soupçonne qu’un enfant puisse avoir de troubles du langage. Cette évaluation permet de vérifier que les perturbations langagières ne sont pas causées par le fait que l’enfant n’entend pas bien.

Finalement, une évaluation complète ainsi qu’un suivi en orthophonie sont essentielles afin de confirmer la présence de la dysphasie. En effet, lorsque l’on soupçonne la présence d’une dysphasie et que toutes autres possibilités ont été formellement écartées (p. ex., autisme, déficience intellectuelle, mutisme sélectif, anxiété, trouble de la mémoire ou de l’attention etc.) l’orthophoniste dressera un bilan complet du trouble du langage dans le but de proposer une intervention en orthophonie.

L’Intervention

Les orthophonistes sont les intervenants spécialistes des troubles du langage et de la parole. Ce sont eux qui pourront élaborer un programme de rééducation adapté. Ils recommanderont également une série de stratégies aux parents et aux enseignants afin d’aider l’enfant dans ses apprentissages.

L’ergothérapeute aidera l’enfant qui souffre de problèmes moteurs (dextérité manuelle fine, utilisation du crayon, gestes moteurs plus globaux, coordination motrice).

Le médecin spécialiste pour sa part interviendra si l’enfant a un déficit de l’attention.

Le psychologue pourra aider l’enfant qui manifeste des problèmes de comportement, une faible estime de soi ou des problèmes de socialisation.